A Rennes,  le Théâtre Lillico  a pour mission la création et la diffusion de spectacles pour le jeune public. En partenariat avec la Médiathèque départementale d’Ille-et-Vilaine, l’association met à disposition un fonds documentaire dédié au livre d’art pour enfants, La Chuchoterie. En 2012, dans la cadre d’une résidence artistique, le Théâtre Lillico confie à Laurance Henry (Compagnie a k entrepôt) la réalisation d’un mobilier nomade destiné à présenter les livres aux enfants, à proximité de leur lieu de vie. Laurance Henry y associe Anouchka. Après Colosses en 2011, il s’agit de leur deuxième collaboration.

Créer des objets, des meubles, oui, mais s’ils s’inscrivent dans une dimension plus générale – de l’ordre du projet – Anouchka est encore plus à son aise. Parce qu’elle y voit une expression de sens. Parce qu’elle a besoin de cerner « alentour », c’est-à-dire au-delà de l’objet qui ne se contente plus d’être une pièce rapportée mais un élément de corpus. En la matière, le projet « Lillico » répond aux critères.

Une architecture combinatoire

 

Cahier des charges

Le cahier des charges est précis. Contraintes techniques : le meuble doit être démontable, manipulable, transportable, résistant, le projet doit pouvoir se moduler en fonction des besoins et des espaces. Contraintes de sécurité : les usagers sont des enfants, tout danger doit être écarté. Contraintes esthétiques : le mobilier est destiné à recevoir des livres d’art et des livres d’artistes dont il doit refléter l’univers. Contraintes fonctionnelles : à hauteur d’enfant, la bibliothèque est un espace de présentation, de rangement,  de valorisation du livre. Enfin, la clé de voûte : la bibliothèque doit être reconnaissable par les enfants, inviter à la curiosité et à la découverte, se fondre dans leur espace et proposer une ergonomie adaptée.

C’est bien connu, les contraintes sont émancipatrices. Le cadre s’avère souvent plus stimulant que tyrannique.

En s’immergeant dans le cahier des charges élaboré par Laurance Henry, Anouchka trouve rapidement les lignes directrices du projet. Et dessine un meuble à architecture variable, combinatoire, géométrique, au dessin épuré et sans flonflon.

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Réalisation

Pour Anouchka, une contrainte naturelle s’ajoute. Le projet doit intégrer des matériaux de récupération. Elle fait venir de Finlande des chutes de panneaux de bois – du bouleau issu de forêts gérées durablement – que leur fabricant met au rebut. Recouverts d’un revêtement ultra-résistant et antidérapant, ces panneaux sont habituellement destinés aux espaces industriels. Ils offrent par ailleurs des caractéristiques esthétiques intéressantes (notamment les empreintes en losange).

La bibliothèque est constituée de 4 quarts de cercle indépendants qui peuvent être disposés à plat, debout, parallèlement ou perpendiculairement. Toutes les figures sont possibles. Ces plateaux ont été percés de lignes de trous dans lesquels viennent se placer les différents éléments de rangement, de maintien et de cloisonnement. Des mini-étagères et des presse-livres en forme de montagnes, d’étoiles, de lune et de nuages apportent une touche poétique mais aussi fonctionnelle. Démontés, les pièces forment un kit pratique et transportable.

Un parti pris chromatique : le choix de couleurs neutres, le blanc, le noir. La sobriété vise à mettre en valeur les livres, raison d’être de ce mobilier. Il peut en outre s’intégrer sans risquer de s’entrechoquer avec les couleurs du contexte.

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Comme chez eux

Lorsqu’elle découvre le projet, l’équipe de Lillico évoque Katsumi Komagata et ses livres graphiques. L’artiste japonais est une référence dans le monde du livre d’art pour enfants. Doué pour « transformer une chose en une autre » et jouer du passage du plan au volume. Le lien est intimidant mais il est encourageant et donne à penser que le projet apporte une réponse cohérente avec les intentions de La Chuchoterie.

D’abord présentée aux partenaires institutionnels, la bibliothèque nomade a fait sa première apparition publique lors du Festival Rue des Livres en mars dernier. Et l’on a vu les petits s’approprier le meuble sans retenue, s’emparer d’un livre, puis d’un autre, s’installer sur les coussins « confettis » en feutre. Comme chez eux. Ce qui vaut quitus.

cf.

 

(Focus sur le blog Je veux du l’art ! Merci Erika.)

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